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Linguère Sara le voyage d’une vie – Chapitre 1 – Naître

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PREMIER DE COUVERTURE

Je vous propose de lire le premier chapitre de mon roman, « Linguère Sara le voyage d’une vie ».

Belle lecture à toutes et à tous.

Chapitre 1. Naître

« Toute naissance est la renaissance d’un ancêtre. »

Proverbe africain.

Une petite fille à la peau claire vient au monde dans une ville située sur le plus vieux continent, au bord de l’océan Atlantique, une cité bruyante et grouillante, en perpétuelle effervescence. Une ville où il fait bon vivre, loin de la guerre et de l’intolérance, loin de la destruction massive et de la folie des Hommes. Un lieu bercé par une vitalité singulière qui ne laisse aucun de ses visiteurs indifférent : certains l’adorent et le contemplent, d’autres le fuient et préfèrent s’en éloigner. Mais tous s’en souviennent. Peut-être parce que sur la terre d’Afrique règne une énergie bien particulière, qui, portée par les vents, a trouvé le moyen de traverser les siècles, au-delà des nombreuses civilisations qui ont cherché à l’asservir de toutes les manières possibles. Cette ville insoumise ne cédera jamais.

Pour honorer ses origines familiales méditerranéennes, on décide que la petite fille s’appellera Sara, mais sans le H à la forme d’une échelle. L’entendement veut que tous les prénoms contenant plus de deux syllabes finissent par être raccourcis au quotidien, à l’usage. Autant ne pas y rajouter de fioritures qui ne seront jamais prononcées à voix haute, autant faire court.

Donner un prénom à son enfant, ce n’est pas banal. Certains parents attendront même la naissance du bambin pour vérifier si sa tête colle bien avec celui qu’ils ont choisi pour lui. Comme si un prénom pouvait aller ou pas avec une frimousse, franchement. Mais au-delà de cet entendement qui semble si évident, il y a aussi un processus inconscient qui, au moment où nous décidons du prénom que portera toute sa vie notre enfant, nous dépasse, sans même que nous nous en rendions compte. Nous projetons sur lui ou sur elle, quelque chose : un dessein, une espérance, un aboutissement. Une mission dont nous faisons de lui le garant.

« Lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens ». Cette simple phrase peut remuer beaucoup de questions en nous. Reste encore à savoir d’où l’on vient. Déjà que l’on ne sait pas où l’on va, à moins d’avoir de super pouvoirs magiques ou une diseuse de bonne aventure à portée de main…

Nous sommes à Dakar, un 7 décembre de l’an de grâce dont la date a été oubliée, dans une clinique qui aujourd’hui n’existe plus, transformée en galerie d’Art six mois à peine après la naissance du bébé.

C’est fou comme certains lieux peuvent évoluer en l’espace de quelques mois, quelques années. Le modernisme a du bon me direz-vous, il faut accepter le changement, rien n’est immuable. L’Univers est en perpétuel mouvement, et nous avec lui, par la même occasion. Mais tout y est-il éternel pour autant ? Certains espaces chargés d’histoires et de mémoires sont tout simplement pulvérisés, réduits à néant par les générations futures. Comme pour permettre aux derniers arrivés d’y faire de la place en réduisant les vestiges du passé à un grand rien. Déraciner les racines, aller chercher la graine enfouie profondément. La remodeler et la replanter ailleurs, à notre image.

Naître n’est pas une mince affaire pour tous les enfants, figurez-vous. Certains font un refus au moment d’arriver, hésitant finalement à se poser sur cette terre, à intégrer leur nouvelle enveloppe charnelle : pas assez, ou trop, au goût de l’âme. Présumons que l’on vous dit : « OK, tu veux sauter ? Pas de souci. Mais tu ne sauras pas à l’avance où tu vas atterrir. Peut-être qu’en bas, ce sera la guerre, peut-être que tout sera en feu. Peut-être même que tu te briseras tous les os à l’atterrissage et que tu devras passer le reste de ton existence dans un corps estropié et mal habile. Tu n’auras ni garantie ni assurance. Pas de remboursement ou SAV ». Nos âmes sont téméraires, incontestablement, pour se lancer à corps perdu dans pareille aventure !

Pour certains, notre scénario de naissance engloberait notre processus d’incarnation et imprimerait dans nos mémoires corporelles et cellulaires des contrats inconscients, mais également nos futurs schémas comportementaux. Nous hériterions de nos ancêtres la mission de mener à bien ce qu’ils n’ont pas eu le courage, le temps ou l’opportunité de réaliser de leur vivant. Imaginez une conversation entre votre arrière-arrière-arrière-grand-père et vous qui se déroulerait ainsi : « Hé petit, je voulais être riche, tu sais. Mais la vie ne m’a pas fait de cadeaux. C’est à toi maintenant de faire de l’argent. Moi, je suis mort, c’est trop tard ! ».

Des biologistes travaillent très sérieusement à l’étude de nos comportements futurs, et ce, avant même notre naissance. Grâce au décodage de notre ADN, ils promettent de pouvoir prédire ce que nous deviendrons à l’âge de vingt, trente ou soixante ans. La partie serait bientôt jouée d’avance. Plus besoin de lancer les dés. On pourra dire à une mère enceinte d’à peine un trimestre : « madame, votre fils ne sera pas assez intelligent pour faire de grandes choses dans sa vie », ou « vous portez dans votre ventre le futur Néron qui sera responsable de la mort de milliers de personnes dans quarante ans ». Vous le garderiez quand même ? Ou encore : « elle souffrira en permanence d’une maladie incurable qui réduira son existence et la vôtre à un enfer quotidien. Votre vie volera en éclat, votre mariage et votre capital santé avec. ». Que choisiriez-vous alors ?

Sara, quant à elle, débarque aussi bleue qu’une schtroumpfette. Là-haut, personne ne lui a expliqué qu’elle n’avait nul besoin de naître avec son cordon ombilical en guise de collier autour du cou. Ce sont dix-sept secondes interminables qui s’écoulent pour ses parents, avant qu’elle se décide finalement à pousser son premier cri et à respirer ce nouvel air terrien. Elle le laisse envahir pleinement ses petits poumons.

La première sensation au monde de Sara sera celle de l’étouffement.

Dans le grand jeu de la Roue de la Vie, dans cette incarnation, il lui faudra lutter pour prouver qu’elle mérite sa place dans ce Nouveau Monde et qu’elle a les armes nécessaires pour y survivre parmi les autres.

« Tu veux jouer, Petite Sara ? Tu es sûre de ta décision ? Aucun retour possible avant la fin du voyage. Tu ne pourras pas descendre en cours de route. Tu as fait ton choix ? Parfait ! Eh bien, ne perdons pas de temps. Montre-nous tout de suite de quoi tu es capable. Tourne ta roue et que la partie commence. »

Extrait du roman Linguère Sara le voyage d’une vie.

Béatrice Bernier-Barbé

Les éditions du Net – Mars 2019 – ISBN: 978-2-312-06526-7

Pour commander le livre en version papier et numérique.

 

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