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L’interview de Laetitia Kozlova, réalisatrice et productrice de documentaires sonores

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Bonjour Laetitia. Je te remercie d’avoir accepté de répondre à mes questions pour le blog Linguère Sara. Aujourd’hui, tu vas nous parler de ta passion pour le son et de tes documentaires sonores. C’est parti !

Combien d’années as-tu vécues au Sénégal ?

J’ai habité quatre ans et demi à Dakar, entre 2014 et 2019.

Et maintenant, tu vis toujours à Dakar ?

J’ai déménagé à Porto, dans le Nord du Portugal à la fin de l’été dernier. Mais j’étais tout récemment à Dakar pour le lancement de la série « Dakar, au fil des arts », une balade sonore en six épisodes que j’ai co-produite avec l’Institut français.

Que faisais-tu à Dakar ?

J’ai enseigné pendant quatre ans au CESTI, le Centre d’Etudes des Sciences et techniques de l’Information, la faculté de journalisme de l’UCAD créée par le Président L.S. Senghor. C’est une école remarquable à bien des égards qui forme les journalistes africains depuis plus de 50 ans. J’y ai créé un « Atelier d’écoute et de production » pour les étudiants en dernière année qui avaient choisi la spécialisation Radio. Nous écoutions des formes élaborées de productions sonores, pour former l’oreille, ouvrir le champ des possibles radiophoniques, et développer le sens critique. Les objectifs pédagogiques étaient multiples : apprendre à écouter, ensemble, dans la longueur, affiner son écoute, du double point de vue de l’auditeur et du producteur, pouvoir formuler et partager ses sensations d’écoute avec les autres. Cette pratique crée une grande intimité, car en parlant de comment nous entendons, nous parlons de notre vécu, de nos mémoires sonores. C’était très beau et stimulant d’accéder ainsi à un territoire commun, libéré de l’histoire et de la géographie, pour nous concentrer sur ce qui nous fonde et ce qui nous relie. C’est le pouvoir du sonore, l’infinie liberté et la profondeur qu’offre la voix sans l’image.

Peux-tu nous expliquer d’où t’es venue l’idée de réaliser des « balades » et des documentaires sonores au Sénégal, en partenariat avec l’Institut français de Dakar ?

J’avais envie d’emmener ce travail avec mes étudiants sur l’écoute et la production en-dehors des murs de l’université.

Pourquoi le son plutôt que l’image ou la vidéo ?

Il y a selon moi deux moments où le son va plus loin que la vidéo :

- le moment de la prise de son : on ne dit pas la même chose devant un micro et devant une caméra. Le micro est discret, et interfère a minima dans la relation entre la personne qui parle et celle qui s’intéresse. Il y a une pudeur, et aussi un ton, détendu, confiant, qui ne peut surgir devant une caméra.

- le moment de l’écoute : un public écoutant reçoit des informations, mais aussi des sensations, cela le transporte ailleurs, résonne avec ce qu’il connaît, ou ce qu’il imagine. C’est un voyage, à la fois intime et collectif. A l’inverse, la vidéo fige dans un écran, impose, ferme.

Sur quels critères as-tu décidé de cibler un quartier de la capitale dakaroise pour réaliser une de tes « balades sonores » ?

Le choix des quartiers résulte d’une réflexion sur les envies croisées de l’Institut Français et de l’équipe de production.

Travailles-tu seule ou en équipe ? Pourquoi ?

La production est un travail solitaire, en corps à corps avec le terrain, qui lui est complexe, multiple, changeant. L’esprit d’équipe est très important. Tout au long des différentes étapes, nous avons veillé à mettre en commun les récits pour entendre les autres réagir, encourager, contredire. Cette pratique nourrit l’écriture de chaque épisode. C’est ce qui crée une série, une série de productions d’auteurs, mais une série avant tout.

Institut francais DK

Es-tu sollicitée par des organismes pour réaliser des audios ?

Oui, je travaille parfois avec des ONG qui cherchent une autre manière de restituer un travail de terrain.

Peux-tu nous expliquer ce que sont les « podcasts » ?

Le podcast est une technologie qui permet d’écouter ou réécouter des contenus sur internet, après diffusion à la radio par exemple. Les podcasts natifs sont des productions réalisées pour internet directement.

Et côté matériel, tu dois être sacrément équipée pour pouvoir mener tes projets à bien ?

Je travaille avec un enregistreur Nagra, le même que j’utilisais quand je travaillais à France Culture, mais en version numérique.

Travailles-tu à la réalisation de livres audio ?

Je ne réalise pas de livre-audio, c’est un autre métier, tout aussi passionnant d’ailleurs, mais cela a trait à la direction d’acteurs/lecteurs en studio.

Un petit mot sur tes « mémoires sonores » ? Comptes-tu continuer ce projet au Portugal ?

Je fabrique des mémoires sonores pour les particuliers, à écouter, offrir, réécouter dans quelques années ! J’enregistre des grands-parents, des enfants, … tout le monde a quelque chose à dire d’unique, à un lieu et à un moment donné.

Oui, je compte continuer ces productions au Portugal, je suis d’ailleurs en train d’apprendre le portugais.

MEMOIRES SONORES

À Dakar, tu proposais également des ateliers à l’attention du jeune public, intitulés « cartes postales sonores ». Quel en était le principe ? À partir de quel âge les enfants pouvaient-ils y participer ?

J’aime beaucoup travailler avec les enfants. Ecouter le surgissement de leurs mots, l’enchaînement de leurs pensées est très émouvant. Et le langage, la façon de dire, de prononcer, évoluent très vite ! Certains enfants, en se réécoutant un an plus tard, ne se reconnaissent pas ! Le chemin parcouru leur paraît abyssal, il l’est d’ailleurs, et ils trouvent ça très drôle !

Il n’y a pas d’âge pour participer, car le son imprime le mouvement, les gestes, le souffle, les hésitations, les rires, tout !

Souhaites-tu nous parler de tes projets au Portugal?

Je commence une thèse de doctorat à l’Ecole des Arts de l’Université Catholique de Porto, très à la pointe en sound art. J’en suis très heureuse ! Cela me permet de placer ma démarche de Mémoires Sonores dans le champ de la recherche. J’aimerais y développer l’idée de la voix – support mémoriel dans les sites muséaux, comme le circuit d’écoute que j’avais créé à la Maison-Musée du Président L.S. Senghor pour la dernière Biennale d’Art contemporain de Dakar, avec la voix du Président.

Et puis nous poursuivons nos balades sonores au Sénégal, avec mes équipes de producteurs et l’Institut français, avec deux séries à venir : « Ziguinchor, au fil des arts » et  « Saint-Louis, au fil des arts ». A bientôt donc !

MICRO

Sur quelle citation souhaites-tu laisser les lectrices et lecteurs ?

« Fermez les yeux et écoutez le monde ! »

Laetitia, je te remercie d’avoir pris le temps de répondre à mes questions. Je te souhaite beaucoup de réussite dans cette nouvelle vie, à Porto.

Merci infiniment.

Pour découvrir le travail de Laetitia Kozlova :

Dak’Art 2018 : « Pouls », photographies (Nathalie Guironnet photographe) et mémoires sonores (Laetitia Kozlova) : http://www.rfi.fr/culture/20180529-dak-art-dakar-biennale-oeuvre-pouls-photo-son-laetitia-kozlova-nathalie-guironnet

« Mémoires sonores » : http://memoires-sonores.com/

« Documentaires sonores, Dakar au fil des arts » en partenariat avec l’Institut français de Dakar : https://soundcloud.com/user-575117092/plateau-dans-lechine-dun-monde-artistique-multi-dimensionnel?fbclid=IwAR2DRX2iM4Xh5WMIQIModRrWLdHfrvx8ryAjI9GBZO2dWb4o55YqKx19LOo

Crédit photos : Laetitia Kozlova.

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