Accueil CE QUE L'ON A DE PLUS PRÉCIEUX Le décrochage scolaire – l’émission du jeudi 25 juin 2020 sur Génération FM 93.4 (Dakar- Ziguinchor)

Le décrochage scolaire – l’émission du jeudi 25 juin 2020 sur Génération FM 93.4 (Dakar- Ziguinchor)

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Qu’est-ce que le décrochage scolaire ?

Le décrochage scolaire est un phénomène universel qui concerne de nombreux enfants et adolescents à travers toute la planète. Les chiffres  en Europe : plus de 6 millions de personnes concernées et presque 15% des jeunes entre 18 et 24 ans (dont deux tiers sont des garçons). Cependant, selon les régions et leurs problématiques locales, les raisons sont souvent différentes d’un pays à l’autre. Pourtant les risques encourus demeure les mêmes et ils sont variés.

Au Canada, par exemple, les statistiques montrent que l’espérance de vie des personnes sans diplôme est diminuée de 7 à 9 ans comparativement aux personnes ayant obtenu un diplôme d’étude supérieur. Le décrochage scolaire peut avoir un impact sur toute la vie de la personne, et pas uniquement sa « période scolaire ». Il peut jouer sur la santé mentale de l’individu, ce dernier étant plus susceptible de rencontrer des difficultés socio-économiques, avec un plus grand risque d’isolement social et de dépression, des comportements à risque et de mauvaises habitudes de vie (tabagisme, consommation de drogue et d’alcool, délinquance…).

DECROCHAGE

De plus, il ne faut pas oublier que le décrochage scolaire a un coût pour la société. En France et au Canada, on estime qu’un élève dit « décrocheur » va couter entre 120 et 500 000 Euros à la société, tout au long de sa vie, par rapport aux aides et aux subventions que l’État lui versera, lui permettant de subvenir à ses besoins vitaux (chômage, allocations, aides, prise en charge du coût des formations financées par le gouvernement…).

Aujourd’hui, nous tenterons de donner des éclaircissements au sujet des problématiques, des enjeux et des solutions viables concernant ce sujet car chaque année, 120 000 élèves abandonnent leurs études, parfois pour raccrocher quelques années après, mais pas toujours. Nous allons tenter de décrypter un phénomène qui inquiète l’opinion et agite régulièrement les médias.

Des différences significatives à travers la planète :

« L’Afrique subsaharienne a les taux les plus élevés d’exclusion de l’éducation. Plus d’un cinquième des enfants âgés d’environ 6 à 11 ans n’est pas scolarisé, suivi par un tiers des enfants âgés d’environ 12 à 14 ans. Selon les données de l’ISU, près de 60 % des jeunes âgés d’environ 15 à 17 ans ne sont pas scolarisés. » (UNESCO)

La réalité du terrain : les écoles manquent d’équipements de base comme l’accès à l’électricité et à l’eau potable. Les manuels scolaires sont la plupart du temps indisponibles. Les pays manquent d’enseignants diplômés et formés sur l’ensemble de leur territoire, car les conditions de travail sont souvent très dures.

Filles et garçons : le grand écart

« L’éducation des filles est une priorité majeure. Dans la région subsaharienne toujours, 9 millions de filles âgées d’environ 6 à 11 ans n’iront jamais à l’école contre 6 millions de garçons, selon les données de l’ISU (Institut de Statistique de l’UNESCO). Leur désavantage commence tôt : 23 % des filles ne sont pas scolarisées au primaire contre 19 % des garçons. À l’adolescence, le taux d’exclusion des filles s’élève à 36 % contre 32 % pour les garçons. »

De quoi parle-t-on exactement?

Décrochage, rupture, abandon, déscolarisation… De nombreux termes sont récemment apparus pour désigner ce que l’on qualifiait autrefois, de manière générique, d’échec scolaire. Ils recouvrent cependant des réalités diverses.

Pour le ministère de l’éducation national français, la lutte contre le décrochage scolaire est une priorité, inscrite dans ses textes officiels, et c’est l’un des enjeux principaux dans le cadre de la « stratégie Europe 2020 », lancée en 2010 et ayant pour but de « sortir renforcé de la crise ». Il était question de réduire à 10% le taux de décrochage scolaire et de porter à 40% au minimum la proportion de jeunes disposant d’un diplôme de l’enseignement supérieur. Il était aussi question de réussir à porter à 75% le taux d’emploi de la population âge de 20 à 64 ans et de déduire de 20 millions le nombre de personnes menacées par la pauvreté. Des modifications sur le plan législatif ont été apportées avec le droit au retour en formation pour tous les jeunes sortis du système éducatif sans diplôme ni un niveau suffisant de qualification ainsi que l’obligation de formation pour les jeunes de 16 à 18 ans.

Selon les chiffres disponibles sur le site officiel du MEN, la France aurait atteint ses objectifs en 2019 avec un pourcentage de 8.2% (elle était à 12.6% en 2010). La baisse serait due à un meilleur repérage des jeunes et à la mobilisation de l’ensemble des acteurs. Les mesures vont être renforcées à la rentrée prochaine (septembre 2020) avec l’obligation de formation pour les jeunes de moins de 18 ans.

Voici quelques exemples d’outils mis en place par le MEN pour « dépister » les décrocheurs scolaires:

- LYCAM (qui veut dire « le lycée ça m’intéresse ») est un questionnaire en ligne à destination des collégiens et des lycées). Il est constitué de 41 items, il dure entre 30 et 40 minutes. Les résultats globaux déterminent le seuil de risque. Grâce à cet outil, le diagnostic peut être posé à un niveau individuel ou collectif (mise en évidence de la répartition des élèves en fonction de l’importance du risque ainsi que le pourcentage des élèves au-dessus du seuil de significativité, par dimension). Le score obtenu est un indicateur général de la situation de l’élève. Le questionnaire est élaboré sur la base de 7 dimensions : l’attitude de la famille par rapport à l’école (comment la famille s’implique-t-elle dans la scolarité de l’enfant ?), les projets scolaires (l’implication de l’élève dans des projets et son niveau d’inspiration), le rendement scolaire (l’auto-évaluation par l’élève de ses capacités de travail et de ses performances scolaires), la confiance en soi ( à l’égard des possibilités de réussite scolaire), l’absentéisme, le besoin de soutien de la part des enseignants (la qualité des relations de l’élève avec les membres de l’équipe éducative), l’intérêt pour l’école (l’intérêt de l’élève pour ses études et pour sa vie scolaire).

LYCAM

- Motiv-action est l’adaptation française du programme « Check & Connect », expérimenté et validé au Québec. Ce programme s’inspire de travaux de recherche qui se déploient depuis septembre 2014 dans l’académie de Rouen sous la forme d’une action-recherche, menée avec le soutien du Pr. Janosz (Université de Montréal), expert mondialement reconnu sur les questions d’abandon et de violence scolaires. L’impulsion a été donnée en novembre 2013 lors d’un colloque international, organisé à l’initiative du Recteur Schmidt-Lainé, alors en poste. Depuis, la dynamique ne s’est jamais relâchée. C’est un programme de prévention du décrochage au collège, qui met en place une démarche assez inhabituelle, au regard du « traitement » ordinairement réservé au décrochage : habituellement, les actions « préventives » des équipes s’appuient – bien tardivement – sur le repérage de marqueurs déjà évidents et forts (absentéisme, indiscipline…) de décrochage en cours ou « avéré ». Ou bien, elles offrent de manière encore plus différée, une réponse par l’aval (dans les structures dites de « raccrochage »). Tard, et souvent trop tard… Le cout humain et pédagogique en est d’autant plus lourd. Motiv’action s’est voulu novateur en rendant possible la détection précoce dès la classe de 6ème de signaux faibles, en amont du désinvestissement scolaire ; il enraye donc le décrochage à l’état latent de « potentialité discrète » ; celui en somme, des élèves « transparents », qui sont 40 % de la population de décrocheurs au Québec. Et qui, en France, constituent un public fragile pas toujours identifié comme tel, car fort difficile à appréhender par nos enseignants, justement pas son extrême discrétion…Les élèves potentiellement décrocheurs ainsi repérés sont suivis pendant deux ans par un adulte référent que nous appelons « mentor » : c’est un professeur volontaire, ayant une sensibilité professionnelle adaptée à ce suivi, et qui agit dans le cadre d’une décharge horaire et d’une lettre de mission. Concrètement, à Rouen, ils ont mis en place ce programme dans neuf collèges, dont une majorité de l’éducation prioritaire. Quatre collèges ont été impliqués durant la phase pré expérimentale en 2014-2015 et, en 2015-2016, en phase expérimentale. En moyenne, il y a deux mentors par établissement impliqué.

Quels sont les acteurs principaux chez les adultes en milieu scolaire?  Les COP, les psychologues scolaires, les professeurs principaux, les infirmiers, les CPE, les auxiliaires d’éducation, les enseignants volontaires. Leur objectif principal est de faire de la prévention grâce au repérage en utilisant des moyens de communication et des moyens d’action à travers des vidéos, des témoignages, des entretiens.

En France, deux textes ministériels  publiés il y a environ 10 ans précisent la notion de « décrocheur », défini institutionnellement comme un jeune qui quitte prématurément un système de formation initiale, sans avoir obtenu ni le baccalauréat, ni un diplôme à finalité professionnelle de niveau V ou IV (BEP ou CAP) et qui n’est plus inscrit dans un cycle de formation. Cependant, c’est une définition qui a pour défaut d’agréger des situations très différentes comme l’abandon volontaire, l’exclusion, la non-réinscription après l’échec à un examen, et d’éluder les causes profondes du phénomène.

Le décrochage est en effet moins un état qu’un processus de désengagement ou de démobilisation scolaire qui se construit sur une durée longue, parfois dès la scolarité primaire. Si certaines régularités structurent le risque de décrocher, c’est l’attention à la singularité des trajectoires qui permet de comprendre le phénomène.

Citons les facteurs externes du décrochage scolaire: l’âge (fin de collège), le sexe (les garçons sont plus exposés au phénomène que les filles), les conditions économiques et sociales de la famille, la structure familiale (familles monoparentales, problèmes de couples, divorces, séparation, décès…), l’organisation de l’accueil scolaire, la santé.

Maintenant, les facteurs internes du décrochage scolaire: une orientation subie plutôt que choisie avec une méconnaissance des contenus et des formations, le décrochage cognitif ( les troubles de dys, HP, problèmes de concentration en cours…), le passage d’un cycle ou d’un degré à un autre ( sentiment d’insécurité, manque d’autonomie dans le travail, les différences d’exigences d’un enseignant à l’autre), la rigidité de l’organisation scolaire et les modalités d’évaluation (organisation du temps scolaire, mode d’évaluation destructeur), des programmes scolaires inadaptés (programmes trop long, des notions abstraites, qui sont trop éloignées de la réalité de vie du jeune), le recours abusif à l’exclusion, le climat scolaire (ambiance de la classe, harcèlement…).

La roue du décrochage scolaire, réalisée par l’académie de Strasbourg, nous permet de constater que le décrochage scolaire est un processus multifactoriel :

ROUE DECROCHAGE SCOLAIRE

On référence 4 profils différents de « décrocheurs », définis par trois dimensions qui sont l’engagement face à la scolarisation, l’adaptation scolaire comportementale, et le rendement scolaire:

Premier profil : les décrocheurs discrets (40%)

Ils aiment l’école, sont engagés, ne présentent aucun problème comportementaux, et ils ont un rendement scolaire un peu faible. Les pistes à exploiter : des interventions optimales qui sont au niveau des supports pédagogiques, visant à accroitre leurs performances scolaires (aide aux devoirs, enseignement individualisé, pédagogie de coopération, tutorat par les pairs)

Second profil : les décrocheurs inadaptés (40%)

Ils présentent des échecs scolaires, des problèmes comportementaux et délinquants et proviennent de familles dites « difficiles ». Les pistes à exploiter : des interventions intensives et multidimensionnelles au niveau psychosocial et visant à favoriser la réussite scolaire sont nécessaires.

Troisième profil : les décrocheurs désengagés (10%)

Ils ne présentent pas de problème de comportement et ont des notes dans la moyenne, mais sont très désengagés face à leur scolarité. Les pistes à exploiter : les interventions doivent principalement viser à l’accroissement de la motivation (voir l’article sur la motiviation).

Le quatrième profil : les décrocheurs sous-performants (10%)

Ils sont en situation d’échec scolaire et sont désengagés face à leur scolarité. Ils présentent des troubles d’apprentissage, mais aucun trouble du comportement. Les pistes à exploiter : des évaluations et des interventions individuelles en profondeur sont nécessaires pour espérer accroître l’engagement et le succès. Le dépistage rapide des difficultés est particulièrement important pour ces enfants et ces adolescents.

Quelles sont les conséquences du décrochage scolaire ? Les jeunes en situation de décrochage sont dans une situation de souffrance à l’école, liée à la non-valorisation de leurs talents. Le décrochage constitue un préjudice psychologique important en termes d’estime de soi, engendrant une dévalorisation et une démotivation. L’école est alors rejetée en tant qu’institution par ces jeunes qu’il est ensuite très difficile de faire revenir en formation.

Voici les principales étapes à mettre en place pour prévenir et lutter contre le décrochage scolaire:

- le diagnostic: il permet de comprendre dans sa pluralité la situation d’un élève en voie de décrochage pour le faire renouer au plus vite avec les apprentissages.

- la prévention: elle repose sur la mise en œuvre de plusieurs actions permettant de conduire l’élève présentant un risque de rupture scolaire et de déscolarisation vers un diplôme de fin de cycle et de limiter sa sortie prématurée du système scolaire.

- la prise en charge: elle repose sur la mise en ouverte de plusieurs actions permettant le retour en formation d’un élève décrocheur. On pourra citer, à titre d’exemple le tutorat par les pairs, ou encore la mise en place d’un PPRE (Programme Personnalisé de Réussite Éducative).

Voyons maintenant les moyens et les outils de repérage:

Lorsque le décrochage scolaire nait dans la classe, l’élève risque le décrochage scolaire lorsqu’il ne possède plus les outils nécessaires pour réaliser ce que l’enseignant lui demande de faire, sa préoccupation principale devient de ne pas se mettre en situation d’échec, le poids du collectif l’emporte sur celui de l’école. Il entretient une relation d’incompréhension / de conflit (presque permanent) avec l’enseignant.

Les signes d’alerte qui permettent de repérer un élève en voix de décrochage sont l’absentéisme (fuite des cours, absentéisme sélectif, absences aux devoirs), la chute de ses notes, des troubles comportementaux (automutilation, positionnement dans la classe), des conflits relationnels, une dévalorisation (due à un manque de confiance et d’estime de soi), la démotivation, des manifestations physiologiques ( des maux de ventres récurrents avant d’aller en cours, des éruptions cutanées, des maux de têtes à répétitions…).

Faire de la prévention et développer la cohésion du groupe scolaire :

Elle consiste à mettre en œuvre des actions qui vont conduire l’élève à prendre conscience de son potentiel actuel, à retrouver une image positive de lui-même, à l’aider à situer les progrès à réaliser, à s’approprier des outils et des méthodes afin de développer son autonomie. Afin d’encourager la cohésion de groupe et le sentiment d’identité collective, on pourra, par exemple, mettre en place des sorties et des voyages scolaires, des visites culturelles, des actions de solidarité, des regroupements avec les anciens élèves de l’établissement.

Pour récapituler, voici les éléments essentiels pour prévenir et lutter contre le décrochage scolaire : veiller à l’assiduité scolaire en luttant contre l’absentéisme et en évitant au maximum l’exclusion de cours, réaliser un diagnostic et un repérage précoces des élèves décrocheurs, utiliser des actions individuelles (grâce aux parcours individualisés), entreprendre une prise en charge pluridisciplinaire à long terme.

Nous avons pu voir que le décrochage scolaire est un phénomène social complexe et multifactoriel. Les actions, qu’elles aient un caractère préventif ou curatif, doivent s’effectuer sur plusieurs plans pour être réellement efficaces. Il est primordial que toute l’équipe éducative prenne en compte les besoins particuliers des élèves à risque, qu’elle collabore avec les parents de ces élèves et qu’elle travaille sur le long terme. Ainsi, tous ces éléments joints et mis en application devraient permettre de proposer une solution à chaque jeune en situation de décrochage.

Maintenant, je vous invite à découvrir les réflexions de Françoise Dolto au sujet de l’échec scolaire :

DOLTO

« Tout apprentissage répond à un désir de la part de celui qui veut acquérir une connaissance, et la psychanalyse nous a enseigné que ce désir peut se manifester par des pulsions actives, mais aussi par des pulsions passives. Les pulsions passives se manifestent par une attitude de réceptivité d’apparence passive, mais une intense activité intellectuelle, invisible chez la personne qui en est le siège. Malheureusement, notre style d’école met beaucoup en jeu pour provoquer chez l’enfant, susciter en lui des pulsions actives, et beaucoup d’enfants ne peuvent pas, ou pas encore, répondre à ce mode d’expression, que l’on veut leur voir exprimer. Et du coup, on les prend pour des enfants retardés. Cela a été le cas d’Albert Einstein, par exemple, dont les maîtres se demandaient pourquoi il venait à l’école.

Les raisons, les motivations d’un être humain-enfant sont, jusqu’à la fin de la résolution œdipienne, surtout des raisons émotionnelles et affectives. Après la résolution œdipienne, beaucoup de motivations sont logiques, raisonnables.

Si on attendait que les enfants soient consciemment motivés pour apprendre à lire et à écrire, ces apprentissages, selon Françoise Dolto, se feraient en deux ou trois mois à peine, eu lieu de traîner pendant deux ans, sur ces problèmes, qui pour eux deviennent lassants.

Jamais à l’école on ne devrait jouer à stimuler la motivation du travail des enfants par l’intimidation d’autrui ni par la rivalité. Celle-ci existe fatalement, car les petits hommes ont des prédispositions humaines envers ce processus. Mais cela ne doit jamais être un outil de pression utilisé par les adultes.

L’être humain n’est pas un objet à conforter au désir d’autrui. Il est un sujet à informer de la valeur de son être au monde et de son rôle irremplaçable d’esprit pensant, selon ses expériences et des jugements propres, toujours différents des autres, même chez les jumeaux. Et au lieu de la rivalité vis-à-vis d’autrui, c’est la valorisation de l’identité de chaque enfant, tel qu’il est, conscient de lui-même, aimé tel qu’il est, avec ses caractéristiques actives et passives, c’est cela que l’on devrait soutenir comme valeur en chaque enfant.

Ce sont les progrès qu’il fait par rapport au désir qu’il a d’acquérir tel ou tel niveau, par rapport à sa curiosité dans une discipline à laquelle il doit être éveillé à s’intéresser, c’est la courbe de ses progrès à lui et sans se comparer aux autres ni à leur rythme à eux.

Ce qui est important chez l’être humain, c’est ce qui le fait vibrer, ce qui l’intéresse, ce qui l’émeut, ce qui ne se voit pas, mais que le fait vivre et qui donne du sens à sa vie. C’est cela qui à la nécessité de leur être dit à tous comme le plus important dans la construction de leur personnalité.

Par ailleurs, on dit souvent que l’échec scolaire conduit à la délinquance. Cela correspond au fait que le manque de confiance en soi, avant la puberté, peut conduire le jeune qui n’a pas de moyens professionnels à se laisser attirer par des « moyens » qui conviennent aux circonstances pour trouver de quoi survivre. Elle reste douloureuse pour le jeune quoiqu’il en soit, et il est important de le signifier.

Rappelons également que le phénomène du décrochage scolaire peut arriver à n’importe quel parent, et ce, du jour au lendemain. Et l’enfant, lui-même, peut sembler inconscient ou apeuré de tout. Les rythmes de ses besoins, sommeil, nutrition, sont dérangés. S’il allait à l’école, il ne veut plus y aller, il ne parle plus… Il devient « désadapté ». Tous les enfants que l’on appelle « aliénés », « désadaptés », présentent en réalité un syndrome de non adaptation à la société dans laquelle il vit. Son état résulte d’une relation vivante. Il s’est adapté au mieux de ses possibilités au fur et à mesure, ou accidentellement à son entourage. En somme, son aliénation est le fruit de l’influence de la société sur sa nature et sa manière d’avoir composé avec ses nécessités, celle de la société, ses désirs et les barrages qu’ils ont rencontrés ou au contraire leur exacerbation. C’est cela qui a amené le résultat « acréatif », privé de créativité, de communication possible, ou de communication déréglée par rapport au code habituel. Bref, s’il en est là, c’est parce qu’il est doué de fonction symbolique. Il ne pourra guérir seul, il aura besoin d’être accompagné psychologiquement pour comprendre ce qu’il vit et comment sortir de cet état. Le travail de l’accompagnant va consister à comprendre les expressions qu’il donne à ses désirs (désirs qu’il ne peut pas manifester) de son climat imaginaire et les fantasmes qui l’habitent (relations familiales, identité sexuelle en construction à l’adolescence…).

En tant que parent, nous devons apprendre à être en capacité d’assumer notre impuissance, notre « non toute puissance ». Et nos enfants nous confrontent alors à nos propres angoisses.

Subir l’autorité, d’où qu’elle vienne, développe le grégarisme et l’intimidation des uns et autres dans une interrelation de dominé et de dominant. C’est le propre des individus dans les sociétés animales. L’individualisation de chacun selon ses gouts, ses désirs, ses capacités, le respect des différences qui, seules, permettent à chaque être humain de développer le meilleur de lui-même, chacun développant ses caractéristiques personnelles selon ses désirs et les plaisirs créatifs et langagier qu’il en retire, telle devrait être l’éducation de chaque enfant, non seulement en famille, mais tout le temps de sa formation. »

Pour retrouver le Facebook live de l’émission sur Génération FM 93.4. Disponible également sur YouTube.

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Autres ressources :

« Les conséquences économiques du décrochage scolaire au Canada »

« L’échec scolaire » par Françoise Dolto

L’Académie de Strasbourg

La situation mondiale (UNESCCO)

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